Il est temps d'adopter une approche différente de l'Asie

Le momentum, les opérations de portage yen/$ et les rotations thématiques encombrées ont révélé une dangereuse fragilité des marchés mondiaux au mois d'août. La volatilité s'est apaisée assez rapidement, mais était-ce le signe de tendances plus profondes que nous devrions nous efforcer de comprendre ?
Les faux récits créent des opportunités
Les marchés sont actuellement animés par une confluence de forces qui dépassent l'évaluation traditionnelle de la macroéconomie. Les jeux d'impulsion à effet de levier semblent avoir créé des courants croisés de corrélations instables. En août, l'hypothèse d'une récession aux États-Unis n'a été avancée qu'en raison de l'effondrement des rendements obligataires et, jusqu'à présent, elle n'a pas été étayée par des données concrètes. En fait, les mouvements du marché ont écrit un récit économique dont les conclusions peuvent être fausses.
Nous ne pouvons pas prédire ce qu'il adviendra de l'économie américaine, ni si la Réserve fédérale réduira ses taux, ni qui sera le prochain président. Ce que nous croyons, c'est que les mouvements du marché pourraient avoir créé un faux ensemble de récits. Nous pensons qu'ils ont été construits non pas sur une économie convaincante, mais sur des extrapolations à partir de mouvements brusques dans les rendements obligataires, les devises et les prix des actions.
Nous pensons que cela représente une opportunité pour les investisseurs patients qui recherchent des points d'entrée attrayants qui vont au-delà des opérations de momentum inconstantes.
Les arguments en faveur de l'Asie hors Japon
Les valorisations font des actions asiatiques une opportunité contrariante. Pourtant, au cours des dernières années, plusieurs transformations se sont produites sous le capot, notamment
- la croissance structurelle en Inde
- Le remplacement du matériel par l'intelligence artificielle et les prouesses potentielles en matière de prix, en particulier à Taïwan.
- Les réserves locales de capitaux qui soutiennent les flux vers le marché boursier
- La Chine plus un qui crée de nouvelles opportunités commerciales dans l'ANASE
- L'évolution de l'état d'esprit de quelques équipes de direction en Chine, qui s'adaptent à une croissance plus faible, donnent la priorité aux rachats d'actions et offrent une option à contre-courant.
En Inde, la stabilité politique, un "sweet spot" géopolitique, des politiques gouvernementales encourageant les investissements dans l'industrie manufacturière et un excellent déploiement de capitaux par les entreprises constituent un mélange enivrant qui cristallise le potentiel de croissance structurelle latent. La croissance des bénéfices en Inde est généralisée, tandis que la création de nouvelles entreprises s'accélère. Les risques concernent les valorisations (supérieures à la moyenne) et les perturbations dues à l'IA ou à un protectionnisme accru dans le monde.
L'industrie indienne des fonds communs de placement a fait un travail remarquable en persuadant la population d'investir systématiquement dans des plans d'épargne mensuels. Les achats périodiques par sommes fixes se sont étendus bien au-delà des 30 premières villes, alors même que les flux totaux ont augmenté de manière spectaculaire. Bien entendu, le marché haussier s'est nourri de lui-même, mais c'est l'une des raisons pour lesquelles les entreprises indiennes maintiennent des valorisations élevées.

L'autre réservoir de capitaux à long terme de l'Inde est le secteur de l'assurance, qui connaît une croissance rapide et déploie régulièrement des capitaux. Les valorisations des actions peuvent sembler élevées, mais cette réserve locale de capitaux agit comme un tampon contre les fortes baisses. Une confluence d'événements macroéconomiques favorables aide de nombreuses entreprises à se développer et à disposer d'une longue piste pour une croissance soutenue.
La "grande nouveauté du moment", l'intelligence artificielle (IA), a de profondes répercussions sur l'ensemble des entreprises. En Asie, à mon avis, nous pourrions assister à un cycle de remplacement du matériel technologique par de nouveaux appareils dotés de fonctions d'IA. Plus important encore, nous pourrions assister à un retour du pouvoir de fixation des prix pour les fabricants de matériel, ce qui constituerait un changement radical par rapport à la tendance observée au cours des deux dernières décennies. Les défis géopolitiques de Taïwan restent sous les feux de la rampe, mais son expertise en matière de matériel technologique lui confère de réels avantages concurrentiels.

Le graphique ci-dessus représente les dépenses des 10 principaux fournisseurs de services en nuage. Taïwan en particulier et les fabricants asiatiques de matériel en général pourraient continuer à bénéficier des dépenses effectuées par les utilisateurs finaux. Les entreprises et les consommateurs achèteront probablement une pléthore d'appareils dotés de fonctions d'IA. Cette tendance au remplacement pourrait durer bien plus de 3 à 5 ans et, surtout, elle permettra d'obtenir des prix de vente moyens plus élevés pour le matériel complexe.
Les marchés débattent sans cesse des politiques monétaires de la Réserve fédérale. De plus en plus, un consensus se dégage en faveur d'une baisse des taux, ce qui ne doit pas être considéré comme une vérité d'évangile puisque de nombreuses prédictions de ce type sont restées lettre morte. Toutefois, si la Réserve fédérale réduit effectivement ses taux au cours des 12 à 18 prochains mois, le dollar américain se dépréciera probablement. Cette évolution sera extrêmement bénéfique pour les actions asiatiques. Même pour les actions chinoises, qui manquent actuellement d'un semblant d'enthousiasme.
Au moins, les problèmes de la Chine ne sont plus une surprise
Le réalignement géopolitique au détriment de la Chine n'est plus une surprise. Les contraintes imposées à la Chine et les problèmes économiques qui en découlent sont bien connus. Une économie qui s'impose un ralentissement pour dégonfler diverses bulles et modérer l'effet de levier, présente des tendances médiocres sur plusieurs indicateurs économiques. Les divergences géopolitiques, les guerres commerciales, l'éclatement de la bulle immobilière et l'apathie des investisseurs se sont traduits par de mauvaises performances du marché boursier chinois. Même par rapport aux marchés émergents, les actions chinoises se sont mal comportées.

La plupart des investisseurs auraient déjà vendu ou réduit leur exposition aux actions chinoises. Il faut voir cela d'un œil positif : les problèmes de la Chine ne sont plus une grande surprise. À mon avis, il est très peu probable que le marché chinois soit confronté à de nouvelles baisses massives. Entre-temps, un groupe restreint d'entreprises génère d'énormes quantités de liquidités et les restitue aux actionnaires minoritaires. Pour tout portefeuille, il s'agit d'une bonne allocation à contre-courant.
Les entreprises ont déjà recalibré leurs activités dans ce nouveau contexte géopolitique. Des plans d'urgence sont également élaborés pour faire face à d'autres tarifs douaniers. Si les effets de la rivalité géopolitique s'accentuent sous une nouvelle administration américaine, l'impact sur les entreprises américaines et européennes sera probablement bien plus important que sur la Chine elle-même ; les valorisations de certaines de ces entreprises ont plus à perdre.
Dans l'ANASE, les conflits géopolitiques et les guerres commerciales ont donné naissance à de nouveaux modèles d'entreprise et à de nouveaux investissements bénéficiant de la stratégie "China Plus One" (une stratégie visant à éviter d'investir uniquement en Chine et encourageant la diversification de l'industrie manufacturière dans d'autres pays). Cela se traduit par une croissance des bénéfices.
Les valorisations sont favorables et les bénéfices s'améliorent
En tant qu'investisseurs, nous pensons que l'Asie est l'une des meilleures régions où investir au cours des trois à cinq prochaines années. Si le dollar s'affaiblit, les actions asiatiques pourraient être dopées.
Il ne fait aucun doute qu'en cas de ralentissement ou de récession aux États-Unis, l'Asie ne sera pas à l'abri. Toutefois, les marchés se construisent à la marge, les valorisations sont favorables et il existe des signes d'une amélioration généralisée des bénéfices.
L'Asie hors Japon est peut-être impopulaire, mais une classe d'actifs bon marché et négligée, avec des bénéfices en hausse et la possibilité de bénéficier de flux de liquidités, retient notre attention.
Le portefeuille est bien équilibré, car nous essayons de capter la croissance des bénéfices, les tendances structurelles et les thèmes durables.
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